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Deuxième semaine de contestation

La France se prépare pour une nouvelle semaine de protestations, le gouvernement et les syndicats s’engageant à ne pas baisser les bras dans la bataille pour la réforme du système de retraite du président Emmanuel Macron.

Les travailleurs des transports publics et les éboueurs seront rejoints par des employés des écoles et des services publics d’État en action pour perturber les villes à travers le pays alors qu’ils cherchent à faire pression sur le président. Les aéroports et les compagnies aériennes devraient fonctionner normalement le lundi (9 décembre).

Les syndicats se sont enhardis après que plus de 800 000 manifestants sont descendus dans la rue jeudi – la plus grande manifestation depuis l’entrée en fonction de Macron en mai 2017.

« C’est la première fois que Macron est confronté à une véritable opposition, à un mur syndical « , a déclaré Bruno Cautres, politologue à l’Institut Sciences Po, dimanche sur France Info. « C’est un mouvement important et très difficile. »

Les opposants à Macron cherchent à exercer leur influence avant que le Premier ministre Edouard Philippe ne présente mercredi l’intégralité de la réforme des retraites. Jean-Paul Delevoye, le porte-parole de Macron en matière de pensions, rencontrera les syndicats lundi.

Les syndicats organiseront de nouvelles grèves le même jour et des manifestations à l’échelle nationale le mardi, les représentants se réunissant tous les soirs pour décider de la marche à suivre.

M. Macron a réuni ses principaux ministres dimanche soir dans son palais parisien pour discuter des questions de sécurité pour les navetteurs et examiner les moyens d’adoucir une réforme sans en perdre le fil.

Le président, âgé de 41 ans, veut remplacer les 42 régimes de retraite différents en France pour différentes catégories de travailleurs par un système universel basé sur des points. Au XXIe siècle, affirme-t-il, les travailleurs n’ont pas une carrière linéaire comme ils l’avaient fait lorsque le système actuel a été conçu en 1945 et la multitude de régimes entraîne l’injustice, la complexité et l’échec.

L’enjeu est de taille pour le président. Il a déclaré à ses associés qu’il ne pourrait envisager de briguer un second mandat en 2022 s’il ne réussissait pas la réforme des retraites, a rapporté Le Figaro vendredi, bien que le palais de l’Elysée ait rejeté ce rapport. Macron a déjà dû faire face aux syndicats après avoir assoupli les règles du travail et de licenciement, rendu les allocations de chômage plus difficiles à obtenir et remanié la compagnie ferroviaire nationale.

« Macron devra s’impliquer et défendre sa réforme « , a déclaré M. Cautres.

Le palais de l’Elysée a déclaré que Macron n’avait pas l’intention, à ce stade, d’affronter l’opposition.

Un sondage Ifop publié dimanche a montré que 53 % des Français soutiennent la grève, soit six points de plus qu’un sondage similaire réalisé la semaine dernière.

Pourtant, les grèves ont un coût, surtout dans les semaines qui précèdent Noël. Un syndicat des petites et moyennes entreprises a déclaré que la manifestation de jeudi dernier aurait coûté aux entreprises 400 millions d’euros, la région parisienne assumant environ la moitié de cette facture.

« Je suis déterminé à mener à bien cette réforme », a déclaré le Premier ministre Philippe au Journal du Dimanche. « Si nous ne faisons pas une réforme profonde, sérieuse et progressive aujourd’hui, alors quelqu’un d’autre en fera une vraiment brutale demain. »

Dans le même journal, Philippe Martinez, président de la CGT, a déclaré : « Nous allons tenir jusqu’à ce qu’ils retirent » le projet de réforme. Il a dit que l’ampleur de la manifestation de jeudi était un signe de l’appui dont jouissent les syndicats partout au pays.

Bien que Macron ait déjà accompli des réformes en matière de fiscalité et de droit du travail, l’histoire montre que les régimes de retraite ne seront pas aussi faciles. En 1995, le Premier ministre Alain Juppe a abandonné son plan de réforme des retraites après des grèves qui ont paralysé le pays pendant environ un mois.

Le ministre des Finances Bruno Le Maire a déclaré dimanche à la télévision de France 3 que le gouvernement serait prêt à ralentir le rythme de la réforme et à assouplir les mesures budgétaires pour réduire les déficits. Il a exhorté les syndicats à ne pas chercher un test de force avec l’équipe de Macron.