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Grève SNCF : Encore des mouvements la semaine prochaine

Pas de trains et pas de compromis alors que la France fait face à un hiver de mécontentement.
Alors que les syndicats purs et durs menacent de déclencher des grèves indéfinies pour réformer les régimes de retraite, on s’inquiète des périls politiques auxquels Emmanuel Macron est confronté.

La police anti-émeute se heurte à des manifestants lors d’une manifestation contre les réformes des retraites à Paris la semaine dernière.

La police anti-émeute se heurte à des manifestants lors d’une manifestation contre les réformes des retraites à Paris la semaine dernière. Photographie : Ian Langsdon/EPA
Emmanuel Macron cherchera à calmer les grévistes en colère cette semaine tout en honorant sa promesse électorale de secouer le système français des retraites dans un équilibre délicat qui définira son avenir politique.

Les ministres examinent les concessions possibles qui pourraient désamorcer les grèves et les protestations qui ont paralysé le pays depuis la semaine dernière.

Le chaos dans les transports s’est poursuivi ce week-end et les syndicats ont demandé une autre journée d’action syndicale mardi, ce qui a accentué la pression sur le gouvernement.

Après des consultations de dernière minute, le Premier ministre, Édouard Philippe, donnera mercredi à midi tous les détails sur les changements controversés qui ont été apportés aux régimes de retraite du pays.

Alors que les dirigeants syndicaux de la ligne dure ont juré de continuer la grève indéfiniment, des avertissements ont été émis selon lesquels le pays entrait dans une période dangereuse.

Caroline Janvier, qui est entrée au Parlement en tant que députée  » citoyenne  » de La République en Marche de Macron aux élections générales de 2017, a nié que le gouvernement ait été paniqué mais a admis que c’était  » un moment d’appréhension pour tous « .

« Tout le monde dans le pays est encore traumatisé par les gilets jaunes et craint que la violence ne reprenne « , a-t-elle dit. « Personne ne veut que ça se reproduise. »

Jean Grosset, directeur de l’observatoire du dialogue social de la Fondation Jean-Jaurès, un groupe de réflexion de gauche, craignait que le refus du gouvernement de faire des compromis ait des conséquences à long terme. « S’il y a un durcissement des attitudes en France, cela pourrait créer une situation périlleuse, a-t-il dit. « C’est dangereux d’avoir une crise sociale parce que les gens se tournent vers des partis plus populistes. »

Dans la ville de Joigny, à 150 km au sud-est de Paris, dans l’Yonne, au cœur de la banlieue périphérique de la capitale française, la gare ferroviaire locale, comme beaucoup dans les campagnes françaises, a été déserte jeudi dernier. Des avis annonçaient qu’aucun train ne s’y arrêterait.

Dans les villages voisins, les autobus scolaires ont poursuivi leur tournée, ne transportant qu’une poignée d’élèves jusqu’aux classes non annulées par les enseignants en grève, alors qu’un épais brouillard descendait sur les champs de glace.

Alors que les écoles et les collèges devraient être à nouveau ouverts cette semaine, personne ne peut prédire quand les services de transport public normaux seront rétablis. Les travailleurs ferroviaires ont déclaré leurs grèves « renouvelables » sur une base journalière illimitée.

Vendredi dernier, Philippe a souligné que le gouvernement consultait depuis près de deux ans les dirigeants syndicaux et les chefs d’entreprise au sujet des changements à apporter aux pensions dans le but de préparer la voie à une entente. Au lieu de cela, comme le brouillard glacial dans l’Yonne, les pourparlers avaient laissé les gens froids et inquiets.

De récents sondages d’opinion ont obscurci le problème, suggérant que 76% des Français soutiennent la révision des retraites mais 64% disent ne pas avoir confiance en Macron pour la mettre en œuvre, alors que plus de 50% pensent que les grèves sont justifiées.

Vendredi, un porte-parole de l’Elysée a déclaré aux journalistes que le président était soucieux de « dissiper le brouillard » qui entoure la question des retraites, un objectif qui n’est pas aidé par les déclarations contradictoires des ministres.

Macron a fait de l’ébranlement du système de retraite obscur de la France l’un des piliers de sa campagne présidentielle de 2017. A mi-parcours de son mandat de cinq ans, il a déjà été confronté à des protestations contre ses réformes du travail et la refonte de la SNCF l’année dernière, et à plus de 12 mois de gilets jaunes ; mais la réforme des retraites est la colline sur laquelle son administration a choisi d’entrer dans l’histoire, dans l’ignominie ou la gloire.

M. Macron souhaite remplacer les 42 régimes de retraite français par un système de points « universel » unique qui, selon lui, sera plus équitable. Au cœur du différend se trouvent les « régimes spéciaux » qui accordent à certains travailleurs du secteur public – y compris le personnel des chemins de fer et d’autres transports publics – un certain nombre d’acquis (droits), dont la retraite anticipée et d’autres avantages.

Philippe a dit que le nouveau système signifierait plus d’égalité entre les travailleurs et échangerait « la solidarité avec certaines professions avec une solidarité nationale ». « Elle permettra à chaque Français de payer de la même manière et de bénéficier des mêmes droits », a-t-il déclaré.

« La France ne peut accepter à l’avenir ces régimes qui permettent à certains de partir (travailler) plus tôt et avec plus que d’autres ».

M. Janvier a admis que les messages du gouvernement sur la réforme des pensions étaient confus et souvent contradictoires, mais qu’il était déterminé à faire le travail. « Il y a une volonté de mener à bien cette réforme, mais nous savons qu’elle sera compliquée. Nous avons dit que nous allions réformer et réformer, mais il faut qu’il y ait un accord. »

Elle a ajouté :  » L’approche doit être collective et non collective.

M. Janvier a admis que les messages du gouvernement sur la réforme des pensions étaient confus et souvent contradictoires, mais qu’il était déterminé à faire le travail. « Il y a une volonté de mener à bien cette réforme, mais nous savons qu’elle sera compliquée. Nous avons dit que nous allions réformer et réformer, mais il faut qu’il y ait un accord. »

Elle a ajouté :  » L’approche doit être collective et non conflictuelle et elle nécessite du temps et des solutions raisonnables. Ce n’est pas quelque chose que l’on peut faire avec des forceps. Mais il faut le faire. »

Grosset a convenu que le système de pension actuel était injuste, mais a ajouté :  » Le gouvernement veut le même système pour tout le monde, et pourquoi pas ? Mais il y a des gens qui risquent de perdre – non seulement les travailleurs du transport, mais aussi les enseignants et les infirmières. Leurs préoccupations doivent être prises en compte. M. Macron a promis de réformer les pensions dans son programme électoral, mais il a également promis qu’il n’y aurait pas de perdants. »

Des manifestants lors d’un rassemblement près de la Place de la République, à Paris, pour soutenir la grève nationale du 5 décembre.
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Des manifestants lors d’un rassemblement près de la Place de la République, à Paris, pour soutenir la grève nationale du 5 décembre. Photographie : Kiran Ridley/Getty Images
Il a ajouté que la situation n’était pas la même qu’en 1995, lorsque les plans de réforme des systèmes français de protection sociale et de retraite avaient fait descendre deux millions de personnes dans la rue en près d’un mois de protestations contre le Président Jacques Chirac et son Premier ministre, Alain Juppé. La réforme a été abandonnée.

« En 1995, il n’y avait pas de Marine Le Pen qui attendait dans les coulisses, dit Grosset. « La balle est dans le camp du gouvernement. Mais s’il n’y a pas de dialogue, s’il n’y a pas de compromis, s’il n’y a que de la force, cela laissera des traces de rancœur dans le pays, qu’il paiera un jour ou l’autre et très probablement par les urnes. »

Le plus grand syndicat français, la CFDT, est largement ouvert à l’idée d’un système à points s’il ne s’applique qu’à ceux qui entrent dans la vie active après 2025. Certains représentants du gouvernement ont laissé entendre que cela pourrait être repoussé encore plus loin jusqu’en 2035. Les syndicats CGT et Force Ouvrière, plus durs, plus forts dans le secteur public, rejettent la réforme en bloc et se préparent à un long combat.

Daniel Ferté de la section des cheminots de FO a déclaré que les membres du syndicat avaient l’impression que le gouvernement n’avait « rien entendu » des manifestations de la semaine dernière.

Le leader d’extrême gauche de La France Insoumise, Jean Melenchon, était également d’humeur combative : « Les gens n’exigent pas d’être milliardaires, ils veulent prendre leur retraite et pouvoir vivre en bonne santé et dans la dignité. Ce n’est vraiment pas si difficile. »

Vendredi, la gare de Joigny était encore déserte et le parking de banlieue normalement bondé était parsemé de quelques véhicules. Jean, un cadre de commerce de gros à la retraite, s’apprêtait à acheter du pain. Il n’avait aucune idée de l’issue de la question des pensions. « Vous voulez que je prévoie ce qui va se passer la semaine prochaine en France ? Pouvez-vous prédire ce qui va se passer avec Brexit ? dit-il. « Non, moi non plus. »

Pour les socialistes, le président François Mitterrand a abaissé l’âge de la retraite de 65 à 60 ans lors de son entrée en fonction en 1981.

En 1995, le président Jacques Chirac et son premier ministre Alain Juppé ont tenté de mettre en place un système universel et de mettre fin aux « régimes spéciaux » dont jouissaient les travailleurs du secteur public. La tentative a vu 2 millions de personnes descendre dans la rue en près d’un mois de manifestations. La réforme a été abandonnée.

En 2010, le président Nicolas Sarkozy a relevé l’âge de la retraite de 60 à 62 ans, mais seulement après une semaine de grèves, le blocus des raffineries de pétrole et des manifestations nationales.

Le prédécesseur d’Emmanuel Macron, le socialiste François Hollande, avait promis de s’attaquer au déficit du système des retraites, mais il a fini par éviter des changements majeurs après des dizaines de milliers de protestations à Paris.