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Macron : ils sont morts pour protéger les populations du Sahel

Le Président Emmanuel Macron a rendu hommage lundi au « sacrifice » de 13 soldats tués dans une collision d’hélicoptères lors d’une bataille contre les djihadistes au Mali, une catastrophe qui a suscité de nouvelles interrogations sur les coûts de la campagne de six ans menée par la France en Afrique occidentale.

Les soldats sont morts lorsque deux hélicoptères sont entrés en collision lundi dernier alors qu’ils poursuivaient des djihadistes dans le nord du Mali, où la violence militante s’est intensifiée ces derniers mois.

Il s’agit de la plus grande perte d’une journée pour l’armée française depuis près de quarante ans, ce qui a ravivé les doutes sur l’efficacité de l’opération Barkhane menée par la France au Mali et dans quatre autres pays du Sahel, avec ses 4 500 soldats.

Macron a placé une médaille de la Légion d’Honneur, la plus haute distinction de France, sur chaque cercueil des 13 soldats, drapé dans le rouge, le blanc et le bleu du drapeau français.

« Aujourd’hui, nous honorons non seulement le devoir de ceux qui ont servi la France, mais aussi leur acceptation claire et profonde de ce devoir », a-t-il déclaré lors de la cérémonie à laquelle ont assisté les dirigeants politiques et militaires du pays au complexe Invalides à Paris.

« Ils sont morts en luttant pour la France, pour la protection des populations du Sahel, pour la sécurité de leurs concitoyens et pour la liberté du monde, pour nous tous ici, a-t-il dit.

« Je m’incline devant leur sacrifice. »

Quelque 2 500 personnes, dont des dizaines de camarades des régiments de soldats tombés au champ d’honneur, ont assisté à la commémoration, qui a également été diffusée sur un écran géant à l’extérieur des Invalides.

Des centaines de personnes s’étaient rassemblées dans les rues plus tôt alors que le cortège de véhicules portant les cercueils traversait le pont Alexandre III orné en direction de l’hôpital militaire et du musée des Invalides.

Margot Louvet, 23 ans, est venue de Gap dans le sud-est de la France pour la procession, portant un T-shirt avec le portrait officiel de l’un des soldats tués, son ami Antoine Serre, 22 ans.

« C’est une façon de le pleurer et de se rendre compte qu’il ne reviendra pas « , a-t-elle dit à l’AFP en se débattant contre ses larmes.

Les forces françaises au Mali sont chargées de former les forces de sécurité locales pour qu’elles s’attaquent aux djihadistes, mais jusqu’à présent, elles n’y sont malheureusement pas préparées, malgré des années de promesses de financement et d’équipement internationaux.

Quarante et un soldats français sont morts au Sahel depuis le début de l’intervention en 2013, lorsque les insurgés ont balayé le nord du Mali et avancé rapidement avant d’être repoussés.

Mais malgré la présence de la France, les djihadistes se sont regroupés pour perpétrer des attentats meurtriers et la violence s’est étendue aux pays voisins.

Macron a promis un examen approfondi de l’opération Barkhane à la suite de l’accident d’hélicoptère, en jurant que « toutes les options sont sur la table ».

Il a également réitéré l’appel qu’il a lancé la semaine dernière aux alliés de l’UE pour qu’ils intensifient leur participation à l’opération en Afrique de l’Ouest, après des années sans obtenir de soutien significatif.

Seule la Grande-Bretagne a fourni des hélicoptères et du personnel de sécurité, tandis que les États-Unis fournissent des renseignements sur les mouvements djihadistes dans une région aussi vaste que l’Europe occidentale.

Jusqu’à présent, seul le parti d’extrême gauche France Unbowed a ouvertement demandé le rapatriement des troupes Barkhane.

Un sondage Ifop pour la Lettre de l’Expansion, publié lundi, a montré que 58 % des personnes interrogées approuvent l’opération au Sahel, un niveau qui n’a guère changé par rapport à un sondage précédent en mars 2013.

Controverse autour de la caricature de Charlie Hebdo

Mais la controverse a éclaté ce week-end après que l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo a publié une série de caricatures en ligne associant la mort des 13 soldats à la récente campagne de recrutement de l’armée.

Dans un dessin, Macron se tient devant un cercueil devant le slogan : « J’ai rejoint les rangs pour me démarquer de la foule ».

Le chef d’état-major de l’armée française, le général Thierry Burkhard, a exprimé son « indignation » face à ces caricatures, déclarant dans une lettre ouverte qu’ils souillaient la période de deuil pour les familles endeuillées.

Le rédacteur en chef de la revue, Laurent « Riss » Sourisseau, a défendu dimanche « l’esprit satirique » de la revue tout en reconnaissant l’importance du travail de l’armée française et le sacrifice des soldats.

Le président malien Ibrahim Boubacar Keita a également assisté à la cérémonie, alors qu’il tente de désamorcer l’hostilité croissante à l’égard des forces françaises et étrangères qui aident à combattre les militants islamiques.

Keita, samedi, a exhorté les Maliens à ne pas « mordre les mains de ceux qui nous donnent les leurs aujourd’hui ».

Depuis janvier, plus de 1 500 civils ont été tués dans les violences djihadistes au Mali et au Burkina Faso, et plus d’un million de personnes ont été déplacées à l’intérieur des cinq pays, a déclaré ce mois-ci l’ONU.