Accueil France Mila ne regrette pas ses propos

Mila ne regrette pas ses propos

Une adolescente française au franc-parler a relancé un débat polarisant sur la liberté d’expression dans le pays, après une fulgurance d’Instagram contre l’islam qui l’a obligée à rester à la maison par crainte pour sa sécurité.

Le cas de Mila, 16 ans, qui a reçu une série de menaces de mort pour avoir qualifié l’islam de « religion de merde », survient un peu plus de cinq ans après qu’un groupe de dessinateurs français du magazine Charlie Hebdo ait été abattu par des tireurs djihadistes après s’être moqué du prophète Mahomet.

Mardi, le ministre de l’intérieur Christophe Castaner a annoncé que l’adolescente, dont le nom complet n’a pas été divulgué par les médias français, et sa famille avaient été placées sous protection policière.

Les politiciens de droite ont accusé le gouvernement de ne pas avoir suffisamment soutenu l’adolescente face à ce qu’ils appellent des menaces « islamistes » au cours des deux dernières semaines.

Dans une interview télévisée lundi, Mila a déclaré qu’elle ne « regrettait pas » ses propos et a défendu son droit à « blasphémer ».

Marine Le Pen, leader du Rallye national d’extrême droite, a répondu par un tweet : « Cette jeune fille est plus courageuse que toute la classe politique au pouvoir depuis 30 ans. »

Le leader au Sénat du principal parti républicain d’opposition, Bruno Retailleau, a également publié une défense vigoureuse de Mila contre « cet Islam politique qui piétine nos valeurs ».

Mais certains de gauche, comme l’ancienne candidate socialiste à la présidence, Ségolène Royal, sont apparus tiraillés entre la volonté de défendre la liberté d’expression sans entrave pour laquelle les caricaturistes de Charlie Hebdo sont morts et celle de réprimander l’adolescente pour son débordement de colère.

Tout en défendant la liberté « totale » de Mila de critiquer une religion, Royal a déclaré qu’elle aurait dû faire preuve de plus de « respect, de manières et de connaissances » et qu’elle ne devrait pas être transformée en « parangon de liberté d’expression ».

La liberté d’expression ?

La ministre de la Justice Nicole Belloubet a déclaré que les menaces de mort reçues par Mila étaient « inacceptables dans une démocratie » mais a ajouté que ses remarques sur l’Islam étaient « clairement une atteinte à la liberté de conscience ».

Les remarques de Belloubet ont provoqué un tollé de l’opposition, le leader des républicains à la chambre basse du Parlement Damien Abad étant furieux : « Ça s’appelle la liberté d’expression ! »

Le scandale a commencé lorsque Mila, une figure marquante aux cheveux courts teints en violet et aux yeux bleus perçants, a diffusé en direct des images d’elle se maquillant sur Instagram le 18 janvier.

Mila a raconté ces événements à l’animateur de l’émission de chat populaire Le Quotidien lundi, a déclaré Mila : « Un type me draguait beaucoup en direct, me disant : « Tu es belle, tu es sexy, quel âge as-tu ?

Elle a dûment informé les téléspectateurs qu’elle était lesbienne et que « les noirs et les arabes » n’étaient pas son type.

Un flot d’insultes et de menaces, suivi de sa réponse, désormais tristement célèbre, s’adressait directement à la caméra.

« Le Coran est une religion de haine, il n’y a que de la haine dedans. L’islam est une merde, votre religion est une merde », a-t-elle dit, décrivant en termes obscènes ce qu’elle ferait à « votre dieu ».

Le droit de blasphémer

La vidéo a été largement diffusée sur les médias sociaux, où elle a suscité davantage de menaces, notamment de mort et de viol.

Craignant pour la sécurité de la jeune fille, le conseil régional de l’éducation a demandé à Mila de ne pas aller à l’école, où elle reste deux semaines plus tard.

« On récolte ce que l’on sème », a déclaré à la radio française Abdallah Zekri, membre éminent du Conseil français du culte musulman (CFCM), en faisant valoir que la jeune fille l’avait « demandé » (les menaces).

Le président du CFCM, Mohammed Moussaoui, a cependant exprimé son malaise face à ces propos en déclarant que « rien ne justifiait les menaces de mort ».

Pour Denis Lacorne, chercheur à l’université de Sciences Po à Paris et auteur d’un livre intitulé « Les limites de la tolérance », cette affaire soulève des questions sur les frontières entre la liberté d’expression et la tolérance en France.

« Ce qui est inquiétant, ce n’est pas que le blasphème puisse être considéré comme un crime – le droit de blasphémer est un droit réel – c’est le risque d’autocensure », a-t-il déclaré à l’AFP.

« Personne n’ose aujourd’hui mettre en scène une pièce de Voltaire (dramaturge des Lumières) intitulée « Le Fanatisme ou Mahomet » parce qu’elle est considérée comme insultante envers les religions », a-t-il déploré.

Lundi, Mila a déclaré qu’elle s’était excusée « un peu » auprès des personnes qui ont pu être « blessées » par ses propos, mais a insisté sur le fait qu’elle avait le droit de s’exprimer.

« Je n’ai jamais voulu prendre pour cible des êtres humains. Je voulais blasphémer. Je voulais parler d’une religion et dire ce que je pense », a-t-elle déclaré.